lundi 27 avril 2009

Introduction (ou mode d'emploi de la fascination russe)



En juillet 2007, je me tournais vers Svetlana a la recherche d'un acquiesement des quelques lettres cyrilliques que je venais de prononcer comme une enfant. Le livre de cuisine russe, tout comme chaque livre inconnu, appelait sur son etagere a etre ouvert. Je stagnais peniblement au titre, ne parvenant pas a eclaircir cette langue opaque davantage.

Il m'est difficile de vous conter l'effet que produit sur moi un livre ferme. A la simple curiosite articulee par l'inconnu succede generalement un besoin pressant d'y remedier, puis l'ouverture du livre procurant un sentiment de soulagement. Dans le cas d'une langue etrangere, l'ouverture du livre n'aidera en rien le curieux. Aucun soulagement, si ce n'est le debut d'une frustration, d'une brulure. Ceci peut s'illustrer par l'expression "La curiosite est un vilain defaut" ou bien par le lecteur pathologique que tout le monde connait, dont le livre prolonge le corps de la meme maniere que la guitare prolongerait celui du guitariste.

Ainsi "La litterature a l'estomac" de Gracq. Bien loin d'incarner un exemple litteraire, le livre de cuisine n'en demeurait pas moins une source d'enseignement inaccessible. Seul, j'aurais peut-etre pu y resister, feindre l'ignorance et aller me peindre les ongles. Mais il n'etait pas un livre russe, deux, trois ni cinquante mais une centaine de livres russes dans la maison. A la fin de deux semaines a Tunbridge Wells, cette meme brulure a l'estomac, je me resolus a apprendre l'alphabet cyrillique.

(mes excuses cher lecteur si tu te trouves un peu confu devant tant d'emportement. Tu pensais te regaler des dernieres vogues petersbourgeoises jusqu'a ce que tu atterisse sur un article vantant le livre et la curiosite, prenant place dans une maison a Tunbridge Wells a 40 minutes de Londres! Mais je te prie de patienter encore un peu. Les ours en laisse, le militaire au regard attendri et a la rose blanche, les congregations a l'aube de Kazhaks et le diable de Bulgakhov assi sur un banc moscovite ne devraient pas tarder a eveiller ton attention)

Mon amour pour la Russie a donc eclo loin de l'Est, davantage oriente vers l'Atlantique que de la mer Baltique, dans le pays d'un Churchill qui se mefiait de "l'enigme slave". Ma tante m'avait envoye travailler pour l'ete chez son premier mari, un homme aux origines irlandaises et galoises, Phill O'Neill, qui s'etait remarie a une russe de Ekaterinburg, Svetlana. L'imperieux silence, la capacite d'ecoute maternelle et la reserve de cette derniere renvoyaient a un mystere, a une dignite susceptibles d'en desarmer les plus arrogants. Grande et fine, les cheveux courts et grisonnants avec toujours l'esquive d'un sourire aux levres, elle faisait penser a une ancienne ballerine. On dit que les femmes russes sont belles, je dirais qu'elles sont en plus pourvues d'une classe, d'une fermete d'esprit inconnues chez la plupart des occidentales. Prenez le temps d'ecouter leur reponse a votre question "Ca va?", trop souvent lancee entre deux bises, ouvrez-vous a leur culture et le degel du premier contact vous amenera a des femmes au regard petillant et plein de vie.

Le couple avait donne naissance a une fille, Katya, qui lors de ma visite avait 13 ans et semblait partager une forte complicite avec sa mere, parlant avec elle toujours en russe. Encore aujourd'hui, elles se rendent toutes les deux une ou deux fois par an dans cette ville militaire a la frontiere de l'Oural. Je fus envoutee par les sonnorites romantiques de leur langue et ne reussissant pas en penetrer le sens, m'efforcait du mieux que je pouvais d'en chevaucher la musique.

Nous sommes aujourd'hui en 2009 et j'ai ete acceptee l'annee prochaine a Cambridge pour un cursus de Langues Modernes et Medievales, specialite russe et francais. Depuis deux ans, j'ai eu l'occasion de nourrir ma passion pour la Russie a bien des egards a travers les lectures de Tsvetaeva, Pasternak, Tourgueniev, Tchekhov, Gorki, Berberova, Rozanov et Bulgakhov. Les monstres litteraires tels que Doestoevsky, Tolstoi, Poutchkine et Gogol me restant encore a decouvrir - bien que les auteurs cites precedemment n'en demeurent pas moins mysterieux -. J'ai pu depuis lors etre choquee a de maintes reprises devant l'ignorance de certains et leur tendance a juger severemment un pays qui n'incarne pas moins a lui seul le continent asiatique. La Russie, carrefour des civilisations bizantine, mongole et europeenne et de mille traditions, courants religieux et ethnies.

Nombreux sommes-nous ainsi a etre derange par la quasi absence de sourires en Russie. Bien loin des sourires surfaits et commerciaux des Etats-Unis ainsi que de la didacture de la notion de service, le sourire d'un russe ne vous mentira jamais et traduira une emotion profondement ressenti. Les jeunes generations Eltsine qui ont su s'adapter au tournant du capitalisme commencent tout juste a se conformer au modele occidental en ecole de commerce. L'anglais, si il encore loin d'etre parle dans tous les commerces et restaurants, commence son ascension et de plus en plus de menus sont maintenant traduits. L'attitude russe du XXIeme est incomparablement plus amicale envers les touristes qu'au siecle precedent et la grande influence europeenne sur le marche, les moeurs et le quotidien est sans conteste.

Et pourtant combien sommes-nous a reduire un pays de 17 millions de km a St-Petersbourg et Moscou, a la vodka, au caviar, a la mafia, et au folklore d'antan?! Si la guerre froide est maintenant terminee, la division continue de faire echo a travers une mefiance entre les deux blocs politiques et sociaux et des idees recues persistantes.

A St-Petersbourg du 18 avril jusqu'au 16 mai 2009 pour un sejour linguistique, je tenterai modestement et a mon echelle de jeune etudiante d'eclaircir l'image d'un pays, d'un peuple bien souvent incompris et surtout, de vous communiquer ma passion pour toute sa richesse. Ce blog sera par ailleurs regulierement alimente d'informations sur la culture russe apres mon voyage.



давай !

(On y va!)



Natalie




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